Sur le réel
Dessiner une image du réel n’est pas établir le réel.
Le problème n’est pas de savoir si le réel existe ou pas ou si ce que nous percevons est une illusion.
Le problème est : quelle image du réel percevons- nous ?
Le
réel existe en dehors et indépendamment de toute conscience et ce que
nous percevons fait bien partie du réel. Tout ce qui existe est réel.
Le réel n’est pas déformé, n’est pas une ombre et n’est pas une illusion.
L’image
que nous avons du réel se construit à travers nos outils de perception,
(bâtonnets → cerveau, cils auditifs → cerveau, etc.) prolongée et
augmentée par nos outils fabriqués mais toujours traduits et relu à
travers nos outils de perception.
L’image que nous avons du réel est relative au mode d’interaction que nous avons avec lui.
Nous
percevons la réalité que par une facette, c’est l’image de
l’interaction que nos sens ont avec les objets qui les entourent et
l’interprétation qu’en fait notre cerveau. Si nous avions d’autres sens
nous percevrions la réalité par un autre angle. Mais tous les angles
sont réels.
La chauve souris qui a un outil de perception
différent des humains a une image du monde différente, mais tout aussi
réelle. Chacun voit midi à sa porte.
Notre connaissance du monde
se développe dans l’interaction que nous avons avec les choses et non
par une connaissance immédiate d’une hypothétique essence des choses.
Nos
relations au réel sont réelles, ces relations induisent des imageries
bien réelles en tant qu’imageries, certaines de ces imageries se
constituent en théories, qui si elles épousent le réel sont prédictives,
ce qui permet une emprise sur les choses qu’elles décrivent.
Notre
connaissance du réel se limite à cette relation/interaction avec le
monde et les imageries qu’elle produit. La photo d’un paysage n’est pas
le paysage.
Les théories scientifiques cré un maillage sur le réel et le simule.
La connaissance se limite à quantifier les rapports et relations des choses entre elles.
Les théories ne sont que des instruments de prédiction.
La science ne peut décrire les choses en soi. Elle fournit seulement une représentation des phénomènes.
L’expérimentation
impose au physicien de choisir, parmi l’ensemble des formalismes
mathématiques, les algorithmiques adéquats afin de traduire en termes de
lois les régularités observées.
De l’emploi des statistiques et
probabilités ne peut résulter que des approximations. Mais les
approximations sont suffisamment précises, après réajustement au
chausse-pied, pour satisfaire au développement des sciences et des
techniques.
Tous ces concepts que nous révèlent les théories de
physique fondamentale, espace-temps, particules, ondes, physique
quantique…, ne sont que des outils mathématiques, des constructions pour
essayer de simuler la réalité, mais ils ne sont qu’un maillage sur la
réalité et ce maillage est réel en tant que maillage.
Il y a de
nombreuses façons équivalentes d’arriver à une même conclusion. La
rhétorique mathématique est malléable à l’infinie. On peut imaginer
plusieurs théories en apparence très différentes, qui donnent
strictement le même résultat quant à leurs prédictions.
Le réel
dans sa globalité échappe à toute analyse scientifique puisqu’il ne peut
être abordé et interprété en dernier ressort que par l’accès à la fente
infime de la perception des bâtonnets de nos yeux et éventuellement par
nos autres sensations. Nous apercevons le monde à travers un trou de
serrure.
La physique consiste essentiellement à habiller les
phénomènes avec des mathématiques appropriées et c’est cet habillage qui
rend les choses accessibles au discours.
La réalité est ce que nous en faisons. Nous ne pouvons faire que des mesures.
Une mesure dépend du contexte dans lequel elle est réalisée.
Les
théories décrivent les outils qui construisent notre connaissance d’une
certaine réalité parmi une infinité d’autres, dont l’image est vu par
le prisme de ces outils.
La réalité prend la forme que les outils utilisés nous donnent à voir.
Une
réalité existe en dehors de notre regard mais la réalité que nous
regardons est vu à travers nos outils de perceptions naturels ou
prolongés par des outils artificiels. Nous ne percevons qu’une tranche
de réalité intimement liée par la réalité de nos moyens de perception.
Avec d’autre moyens de perception nous aurions la vision d’une autre
réalité. Nos outils font donc partie intégrante de cet angle, de cette
facette de réalité observée.
Nos outils de perception ne se
contentent pas d’attester de ce qui est déjà là, ils créent une réalité
intrinsèque à leur propre réalité.
La vision que nous avons de la réalité est une vue parmi l’infinité des vues possibles.
Ce qui ne veut pas dire que la vue que nous avons n’est pas réelle, mais elle est partielle.
Notre
vision de la réalité est une perception réelle, concrète de la réalité
parmi l’infinité des perceptions possibles déterminées par les outils
utilisés par l’observateur.
A coup de bricolage mathématique, il s’agit de trouver des algorithmes adéquats pour habiller le monde.
Les théories mettent en scène le réel qu’elles écrivent. Le réel est emmailloté dans les mailles des théories.
Une
spéculation sur le réel à travers un algorithme probabiliste n’est pas
le réel. Ce sont deux mondes différents. La concordance entre un
algorithme probabiliste est le réel relève de la croyance.
Prétendre que les théories qui sont fondées sur les probabilités sont extrêmement précises relève du péremptoire.
Il
n’est pas nécessaire d’avoir une définition précise des choses pourvu
qu’il y ait une description des connexions qui les relient.
Si l’on veut se réapproprier le réel il est nécessaire de se débarrasser de la mystique probabiliste.
Il
est dit : La réalité n’est pas telle que l’a décrit la physique
classique. C’est inexact, la physique classique est simplement limitée
puisqu’elle n’utilise pas des algorithmes construits sur les
probabilités. Elle reste valide tant que la causalité reste perceptible.
Notre connaissance du réel se réduit à la partie que nous révèle l’interaction que nous avons avec lui.
Le réel dans sa quasi-totalité nous est invisible et le restera, nous ne pouvons pas accéder à l’infini.
Théories contre intuitives
L’expression
« c’est contre intuitif » est utilisée afin de forcer à clore
la réflexion sur certains sujets. En quoi c’est prétendument contre
intuitif, quels sont les critères qui permettent de prétendre que c’est
contre intuitif.
Lorsqu’il est prétendu que c’est contre
intuitif, c’est que l’interprétation d’une théorie et de ses algorithmes
qui sont prédictifs dit « ça se passe comme-si » mais ne nous
dit pas « ça se passe comme-ça ». La théorie est prédictive
mais purement virtuelle elle ne risque donc pas d’être prétendument non
intuitive. Elle s’abstient simplement de décrire la causalité en
l’occultant. En sautant à saut mouton par-dessus ce qu’elle ne maîtrise
pas en utilisant les probabilités.
L’intuition n’existe pas, le
terme est inapproprié. Ce terme est issu de la pensée magique. La
théorie permet de faire apparaître la causalité ou laisse la causalité
non définie car non perceptible, cela n’a rien d’intuitif ou pas.
Le
moins est de rester dans l’expectative en attendant de collecter les
informations qui permettent de s’approcher d’une description du comment,
du « ça se passe comme-ça ».
Les dérives du relationnel
« je propose donc cette définition de l’être : il n’est rien sinon action » Platon Le Sophiste, dans la bouche de l’étranger d’Elée
Dans
la philosophie analytique, le réalisme structurel est fondé sur l’idée
que les relations viennent avant les objets, la meilleure façon de
comprendre le monde serait de le penser comme un ensemble de relations
sans les objets qui sont en relation.
Il y a une tentation
hormonale de toujours vouloir mettre la structure avant l’agrégat comme
ci ce n’était pas les propriétés des éléments s’agglutinant en agrégat
qui faisait émerger la structure. Les propriétés des éléments étant
déterminées par l’agitation des agrégats les composants et ainsi de
suite. Il y a une pulsion puritaine de toujours vouloir désincarner le
monde et le réduire à un ensemble de pures relations. Pour qu’il y ait
relation il faut qu’il y ait des éléments (agrégats) discrets constitués
qui puissent se tamponner. Et ce sont les effets du tamponnage qui
créent la structure.
Le monde existe en dehors de la
représentation qui en est faite, cette représentation en tant que telle
étant construite à partir d’une infime parcelle de la réalité de ce
monde.
« Nous ne devons (…) pas considérer comme bases
de l’univers réel des moyens intellectuels auxiliaires dont nous nous
servons pour la représentation du monde sur la scène de la
pensée. » Ernst Mach la Mécanique page 477
« Il
est faux de penser que la tâche de la physique est de savoir comment
fonctionne la Nature. La physique porte sur ce que nous disons sur la
Nature. » Niels Bohr
Comme il y a cent mille façon de s’habiller, il y a cent mille façon d’habiller le réel.