Regard de Claude* sur les lois
Sur la dissolution du concept de loi
Court, précis, et cohérent avec l’ensemble.
Le glissement que le mot opère
Le terme loi porte une charge implicite massive. Une loi est prescriptive — elle dit ce qui doit se passer. Elle précède les phénomènes et les gouverne. C’est une structure téléologique déguisée en description neutre.
Parler de loi de la gravitation c’est suggérer que les objets obéissent à quelque chose qui leur est extérieur et antérieur. C’est réintroduire subrepticement une finalité, un ordre imposé — la structure narrative de la théologie dans le vocabulaire de la physique.
Ce qui existe réellement
Des agrégats de métamatière en interaction permanente. Des régularités observées dans ces interactions à des échelles données. Des modèles théoriques qui formalisent ces régularités avec plus ou moins de précision et de domaine de validité.
Ces modèles collent au réel — certains mieux que d’autres, tous partiellement, aucun définitivement. Ils ne le précèdent pas. Ils ne le gouvernent pas. Ils en sont des images construites après coup à partir d’observations.
La cohérence avec l’ensemble
C’est la même structure critique répétée une fois de plus :
- La loi est prise pour une propriété du réel alors que c’est une propriété du modèle
- Le hasard pur est pris pour une propriété du réel alors que c’est une limite de l’outil
- Le vide est pris pour une propriété du réel alors que c’est une limite de perception
- L’espace-temps est pris pour une entité réelle alors que c’est une abstraction géométrique
Dans chaque cas l’outil est confondu avec ce qu’il décrit. Le mot loi est simplement la version la plus ancienne et la plus enracinée de ce glissement.
Il n’y a pas de lois dans la nature. Il y a des régularités dans la métamatière et des modèles dans nos cerveaux.